PRÉSENCE DE LA BOÉTIE.
Formidable séminaire d’échanges et de discussions avec les professeurs de Lettres de l’Académie de Martinique.
… Dans son « Discours sur la servitude volontaire » Étienne de la Boétie nous a rappelé que toute domination entraînait une aliénation de l’imaginaire du dominé. Ainsi, tout dominé intériorise le « Grand récit » qui lui est imposé et participe activement à sa propre sujétion.
Césaire en a tiré la leçon : son « Cahier dun retour au pays natal » n’est rien d’autre qu’une formidable catharsis : l’auto-nettoyage d’un imaginaire colonisé qui inaugure ainsi son émancipation mentale.
Fanon ne fera pas autre chose en explorant le psychisme du colonisé et en oeuvrant à la nécessité d’une violence refondatrice, interne et externe, symbolique et concrète.
Dans « Pluies et vents sur Télumée miracle », Simone Schwarz-Bart (pour moi la plus grande présence littéraire de la Guadeloupe avec Saint John Perse), détaille l’alchimie poétique et mentale par laquelle son héroïne, sous le pire de la domination, élève jusqu’à une miraculeuse dignité libératrice, sa propre vie inscrite dans celle de son pays.
Aujourdhui, La Boétie nous fixe : nous avons tous interiorisé la domination planétaire du capitalisme et nous participons activement à notre aliénation par l’économie et la consommation. Et ceux qui chez nous se proclament « ultramarins » avec tant de gourmandise, consentent joyeusement à leur propre inexistence dans une situation dominée.
P.C.

POUR ENRICHIR L’ARTICLE IL SERAIT INTERESSANT DE CITER AUSSI MONCHOACHI Dans l’éloge de la servilité il cite FANON, sans doute le meilleur d’entre nous, sans doute le plus entier et le plus clairvoyant, est passé comme une comète dans notre ciel qu’il eut à peine le temps d’illuminer. On reste subjugué par l’extrême lucidité dont il fit preuve; pointant d’emblée le cas martiniquais, le seul terme qui convienne à vrai dire en pareille circonstance pour évoquer une situation qui relève de la pathologie plus précisément de la psychopathologie et de l’étude clinique. Il parle aussi de V.S. Naipaul, qui serait bien plus tard prix Nobel , le temps d’écarquiller les yeux il nous qualifia de névrosés et tourna les talons se sentant étouffé; fatigué des singeries de la société coloniale française. LAKOUZEMI lire l’éloge de la servilité.
